Renouveler son marché de denrées : le calendrier se remonte depuis l’échéance

Ecrit par Jean-Paul Terrusse
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Un marché de denrées qui arrive à échéance, la cuisine l’apprend souvent quand le dossier est déjà prêt, recopié de l’ancien. Le chef hérite alors, pour toute la durée du nouveau marché, d’un bordereau qui ne ressemble plus à sa cuisine. Le renouvellement se prépare en remontant le calendrier, et il commence par un chiffre que seule la cuisine peut fournir : le besoin réel.

Bordereau de prix annoté au crayon rouge posé sur un plan de travail en inox de cuisine collective

Le problème : un marché renouvelé sans la cuisine

Un renouvellement mal préparé ne se voit pas le jour de la signature. Il se voit ensuite, au fil des commandes : des produits achetés hors marché, des fiches qui ne collent plus aux menus, un fournisseur qui livre exactement ce qui est écrit, c’est-à-dire autre chose que ce dont vous avez besoin.

Au collège, j’ai vécu ce moment. Un matin, entre deux commandes, la gestionnaire est descendue en cuisine avec une liasse agrafée : le bordereau des prix de l’ancien marché, à relire « rapidement » parce que la consultation devait partir. J’ai tourné les pages debout, contre le plan de travail. Des références qu’on n’achetait plus. Des conditionnements pensés pour une autre organisation. Des légumes en boîte là où on travaillait le frais depuis longtemps. Et pas un mot sur la saison.

Personne n’avait mal fait son travail. Le service de gestion suit le calendrier administratif, la cuisine suit celui des menus, et les deux ne se croisent pas tant que personne ne force la rencontre. Le résultat est toujours le même : on s’engage pour plusieurs années sur une photographie ancienne du besoin.

Pourquoi ça coince : le calendrier, le calcul et le besoin

Trois mécanismes se referment en même temps. La procédure impose des délais qu’on ne rattrape pas. Le choix de cette procédure dépend d’un calcul que la cuisine seule peut nourrir. Et le besoin lui-même a changé depuis le dernier marché, souvent sans que le dossier le sache.

Des délais incompressibles

En appel d’offres ouvert, l’article R. 2161-2 du code de la commande publique impose au moins trente-cinq jours entre l’envoi de l’avis de marché et la date limite de réception des offres. L’appel d’offres se juge ensuite « sans négociation » (article L. 2124-2) : ce qui n’est pas écrit dans le dossier le jour de la publication ne se rattrape plus. En marché à procédure adaptée (MAPA), l’acheteur fixe plus librement ses modalités, mais il faut toujours publier, analyser, attribuer, notifier. Une consultation lancée trop tard finit en marché signé dans l’urgence.

Un calcul qui décide de la procédure

La procédure dépend de la valeur estimée du besoin. Le guide pratique du Conseil national de la restauration collective (CNRC) pour la régie directe, mis à jour en janvier 2024, donne la méthode : on additionne par famille homogène de produits, tous lots confondus, sur la durée totale du marché, reconductions comprises. Aujourd’hui, pour une collectivité qui achète des fournitures, trois régimes en découlent. Sous 60 000 € hors taxes (HT) depuis le 1er avril 2026 (40 000 € auparavant), l’acheteur peut se dispenser de publicité et de mise en concurrence (article R. 2122-8). À partir de 216 000 € HT pour 2026-2027, c’est la procédure formalisée européenne (140 000 € HT pour l’État). Entre les deux, la procédure adaptée. Un besoin sous-estimé, et le marché part dans la mauvaise procédure. Le découper artificiellement pour rester sous un seuil, c’est du saucissonnage, et le guide rappelle que c’est illégal. Les régimes sont détaillés dans notre page sur le marché public de denrées en restauration collective.

Un besoin qui a bougé

Depuis le 25 août 2021, l’article L. 230-5-1 du code rural et de la pêche maritime demande aux acheteurs publics de prendre en compte, dès la définition du besoin, la fraîcheur des produits, la saisonnalité et le niveau de transformation attendu. Un cahier des charges recopié d’un marché plus ancien n’en dit souvent rien. Vos menus ont changé aussi : plus de fait maison, d’autres effectifs, d’autres produits. Le bordereau, lui, est resté figé.

La méthode : remonter le calendrier depuis l’échéance

On part de la date de fin du marché en cours et on recule, étape par étape, jusqu’à aujourd’hui. Le chef porte trois de ces étapes : le relevé des consommations, la correction du besoin et sa part du cahier des charges. C’est là que se joue le calendrier, bien plus que dans la procédure elle-même.

  1. Trouvez la vraie date d’échéance. Demandez au gestionnaire l’acte d’engagement et le cahier des clauses administratives particulières (CCAP) : durée initiale, reconductions déjà faites, dernière reconduction possible. Le guide du CNRC rappelle qu’un accord-cadre ne dépasse pas quatre ans pour un acheteur public comme une collectivité. C’est de cette date qu’on recule.
  2. Relevez ce que vous avez vraiment acheté. Sur un exercice complet, pour traverser toutes les saisons, produit par produit : quantités, conditionnements, prix payés. Classez par famille homogène. Le guide recommande la nomenclature de 2001 en quinze familles (viandes et charcuteries, fruits et légumes, épicerie, produits laitiers et avicoles, surgelés par catégorie…), qui n’est pas obligatoire mais juridiquement non contestée.
  3. Corrigez le relevé avec ce qui va changer. Le relevé dit ce que vous avez acheté, pas ce que vous achèterez. Menus du prochain cycle, effectifs prévus, produits que vous voulez faire entrer, produits que vous abandonnez : chaque écart se chiffre, famille par famille.
  4. Faites la computation. Multipliez le besoin annuel de chaque famille par la durée totale du marché, reconductions comprises, puis simulez l’effet de l’inflation et des hausses de volume prévisibles, comme le recommande le guide. Son exemple parle de lui-même : une famille « viande fraîche » en quatre lots (porc, bœuf, agneau, volaille) pèse 38 000 € HT sur un an, et 76 000 € HT sur deux ans. Le même besoin change de procédure selon la durée qu’on lui donne.
Graphique en colonnes empilées : la famille viande fraîche de l'exemple du guide CNRC (lots volaille 20 000, porc 10 000, bœuf 5 000, agneau 3 000 euros HT par an) pèse 38 000 euros HT sur un an, sous le seuil de dispense de 40 000 euros HT, 76 000 euros HT sur deux ans et 152 000 euros HT sur quatre ans, en procédure adaptée, sous le seuil formalisé de 221 000 euros HT.
Le même besoin annuel change de procédure selon la durée totale du marché. Exemple du guide CNRC (janvier 2024), seuils en vigueur en octobre 2025 ; colonne 4 ans calculée à volumes constants.
  1. Sourcez avant d’écrire. Le guide du CNRC rattache à l’article R. 2111-1 du code la possibilité de consulter les fournisseurs en amont : un questionnaire aux producteurs et aux grossistes, des échanges dont on garde la trace pour préserver l’égalité de traitement. Vous saurez qui peut répondre à quoi avant de dessiner le marché. La façon de le découper en lots mérite un article à elle seule.
  2. Écrivez votre part du dossier. Le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) décrit le produit attendu : c’est le document du chef. Le bordereau des prix unitaires (BPU) liste les produits réellement commandés, aux bons conditionnements. Le détail quantitatif estimatif (DQE) simule une commande type, et des quantités fausses y faussent le classement des offres. Écrivez-y la fraîcheur, la saison et le niveau de transformation que vous attendez.
  3. Calez la procédure et la transition. Remontez depuis l’échéance le temps de la notification, de l’analyse des offres et, en appel d’offres ouvert, les trente-cinq jours minimum de remise des offres. Gardez de la marge après la notification : nouveaux catalogues, nouvelles fiches techniques, premières livraisons à contrôler de près. Le premier mois d’un marché se prépare comme une rentrée.

Le gestionnaire ou l’acheteur pilote la procédure, c’est son rôle. Sans les étapes 2, 3 et 6, il pilote à l’aveugle. Le Référentiel Restauration Collective reprend les bases de cette organisation dans sa page sur les achats en restauration collective.

Ce que l’accompagnement d’OptiMarché change

OptiMarché intervient à deux endroits du calendrier. En amont, comme assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO), il accompagne l’acheteur public dans sa procédure. Au quotidien, sa plateforme reçoit les commandes. Le premier volet sécurise la procédure, le second fournit la matière du relevé.

Côté accompagnement, l’équipe conseille l’acheteur sur le choix de la procédure (procédure adaptée, appel d’offres, marché à un ou plusieurs attributaires), sur la stratégie d’achat et sur le droit, et assure une veille réglementaire. Les seuils de la commande publique bougent : les suivre fait partie de sa mission.

Côté plateforme, Opti@Pro gère l’achat jusqu’à la livraison : commande, catalogues des fournisseurs intégrés, messagerie avec chaque fournisseur, suivi. Au collège, l’outil m’a été imposé par la collectivité, et j’étais méfiant. Ce que j’en retiens pour un renouvellement tient en une phrase : quand toutes les commandes passent au même endroit, elles restent tracées produit par produit et fournisseur par fournisseur, et le relevé de l’étape 2 ne dort plus dans des classeurs de factures.

La limite est nette. Ni l’assistance ni la plateforme ne savent ce que vous voulez cuisiner l’an prochain. La correction du besoin reste votre travail, et la décision reste celle de l’acheteur qui signe. Pour voir comment l’outil et l’accompagnement fonctionnent, le site est ici : opti-marche.com. J’ai aussi expliqué pourquoi je recommande OptiMarché.

Le mot du chef

Le 30 septembre, j’ai rendu les clés de ma cuisine. En vidant le bureau, j’ai retrouvé un bordereau de prix annoté au crayon rouge. Des lignes rayées, des conditionnements corrigés, « jamais commandé » écrit dans la marge. Je l’avais repris un soir, après le service, la veille d’une réunion de renouvellement. Ce soir-là, j’avais compris une chose simple. Le gestionnaire connaît la procédure, l’acheteur signe, mais le besoin, c’est la cuisine qui le porte. Si vous ne l’écrivez pas, quelqu’un le recopiera à votre place. Prenez le crayon avant lui.

Jean-Paul Terrusse

Article sponsorisé. Collaboration commerciale avec OptiMarché.

Le livre Référentiel Restauration Collective, par Jean-Paul Terrusse

Cet article répond à une question. Le livre répond à tout le métier : la règle, la technique, la gestion.

Chef Jean-Paul Terrusse
A propos de Référentiel Restauration Collective

Chef Jean-Paul Terrusse

Fondateur du site Référentiel Restauration Collective

Créateur de contenu sur les réseaux sociaux

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