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Seule, une petite cuisine pèse peu : le camion passe pour trois cartons, le franco n’est jamais atteint, les prix sont ceux du catalogue. À plusieurs, on pèse, mais on écrit un marché pour tout le monde, et vos besoins deviennent une ligne parmi d’autres. Le bon réglage se décide famille de produits par famille de produits.

Le problème : trois cartons, ou un lot qui ne vous ressemble plus
Première scène. Le camion du grossiste se gare devant le quai. Le chauffeur descend trois cartons de conserves et un seau de crème, fait signer, repart. Sur la facture, le prix unitaire est celui du catalogue, le même pour tous ceux qui achètent peu. Vous n’avez rien à négocier : votre commande ne pèse rien dans sa tournée.
Deuxième scène, l’inverse. Votre collectivité a rejoint un marché mutualisé. Le lot fruits et légumes a été attribué, pour tous les établissements, à un opérateur dont les livraisons tombent à des heures qui ne collent pas avec votre production, dans des conditionnements pensés pour une cuisine bien plus grande que la vôtre. Le maraîcher avec qui vous travailliez n’a pas pu répondre. Le lot était trop gros pour lui.
Dans ma cuisine de collège, mes fournisseurs bio, je les connaissais personnellement. Ce lien-là se construit sur des saisons, à force de cagettes contrôlées et de coups de fil francs. Un lot mal taillé le coupe en une signature. Entre les deux scènes, il y a de la place pour une autre façon d’acheter, et elle se prépare.
Pourquoi ça coince
Acheter à plusieurs additionne les besoins. C’est ce qui donne du poids face aux fournisseurs. C’est aussi ce qui peut changer la procédure, grossir les lots et éloigner la décision de la cuisine.
Le poids, d’abord. Un groupement de commandes, ce sont plusieurs acheteurs publics qui passent ensemble un même marché. Il sert à mutualiser les achats pour atteindre des volumes qui intéressent les fournisseurs et obtenir des prix négociés. L’outil est fait pour les petites structures, les communes rurales notamment, qui n’ont pas seules le poids de commande suffisant.
La procédure, ensuite. C’est le montant du besoin qui la décide, et il ne se calcule pas au hasard. Le guide pratique du Conseil national de la restauration collective (CNRC), mis à jour en janvier 2024, fixe la méthode : on additionne par famille homogène de produits (l’épicerie, les viandes fraîches, les fruits et légumes…), tous lots confondus, sur toute la durée du marché, reconductions comprises. Au 15 mai 2026, les bornes pour une collectivité sont les suivantes. Sous 60 000 € HT, un achat peut se passer sans publicité ni mise en concurrence (article R. 2122-8 du code de la commande publique, seuil en vigueur depuis le 1er avril 2026). À partir de 216 000 € HT, la procédure formalisée s’impose (seuil européen applicable du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2027). Entre les deux, c’est la procédure adaptée, le MAPA. Additionnez quatre établissements sur trois ans, et un besoin qui se traitait en direct bascule en appel d’offres.
L’appel d’offres a ses règles. Trente-cinq jours au minimum entre l’envoi de l’avis de marché et la remise des offres (R. 2161-2). Aucune négociation (L. 2124-2). Des variantes interdites tant que l’avis ne les ouvre pas (R. 2151-8). Tout se joue dans l’écriture du dossier, avant la publication.
Les lots, aussi. Plus le groupement pèse, plus la tentation est forte de tailler large. Le guide CNRC pose l’arbitrage sans détour : un allotissement grossier optimise la logistique mais évince les producteurs ; un allotissement fin leur ouvre la porte, au prix de livraisons, de factures et de titulaires plus nombreux à suivre.
La distance, enfin. Le cahier des charges s’écrit une fois pour tous les membres. Si personne n’y porte vos conditionnements, votre rythme de livraison et la taille de votre chambre froide, personne ne les défendra à votre place.
La méthode : décider famille par famille
Mutualiser se décide famille de produits par famille de produits, jamais en bloc. Voici la marche à suivre, à mener avant qu’un groupement ou une centrale d’achat vous soit proposé, pas après.
- Chiffrez votre besoin par famille, sur un exercice complet. Le guide CNRC recommande la nomenclature de 2001 en quinze familles homogènes : épicerie, produits laitiers et avicoles, viandes et charcuteries, fruits et légumes, surgelés par grande catégorie… Sans ce chiffre, vous ne savez ni ce que vous apportez à un groupement, ni sous quel régime vous achetez seul.
- Classez vos familles en deux colonnes : le poids ou la proximité. L’épicerie, les surgelés, les produits de longue conservation se mutualisent bien : le volume y fait le prix, la logistique est simple. Le pain frais, les fruits et légumes de saison, le fromage d’un producteur que vous avez identifié gagnent souvent à rester au plus près de la cuisine.
- Exigez un allotissement fin. Le code de la commande publique en fait le principe : les marchés sont passés en lots séparés (L. 2113-10). Un groupement qui veut rester ouvert aux producteurs découpe par famille, par mode de conservation, parfois par produit.
- Utilisez les petits lots. Dans un marché formalisé, un lot de moins de 80 000 € HT peut suivre une procédure adaptée (R. 2123-1, 2°). Depuis le 1er avril 2026, un lot de moins de 60 000 € HT peut même être passé sans publicité ni mise en concurrence (R. 2122-8). Condition commune aux deux : le cumul de ces lots ne dépasse pas 20 % de la valeur totale estimée de tous les lots. C’est la place du pain, du fromage fermier, des légumes d’un maraîcher.
- Entrez dans l’écriture du cahier des charges. Conditionnements compatibles avec votre chambre froide, jours et fréquence de livraison, durée de vie minimale des produits à réception : chaque membre apporte ses contraintes avant la publication. Après, il est trop tard.
- Anticipez le calendrier. Un besoin mutualisé qui passe en appel d’offres impose des délais incompressibles, et un groupement demande en plus de mettre plusieurs acheteurs d’accord. Le marché suivant se prépare des mois avant l’échéance de l’actuel.
- Pour une centrale d’achat, posez les mêmes questions avant d’adhérer. Quelles familles de denrées couvre-t-elle vraiment ? À quelles conditions de livraison ? Vos exigences de qualité trouvent-elles leur place dans son offre ? Une centrale achète pour beaucoup de monde. Elle ne connaît pas vos menus.
- En exécution, commandez ce que le marché vous donne. Quand le marché porte des produits durables et de qualité, le guide CNRC rappelle que l’acheteur doit y faire appel en quantités suffisantes dans ses commandes. Un taux EGAlim manqué se joue aussi au moment du bon de commande.
Le graphique ci-dessous montre, sur un exemple chiffré, comment une même famille change de régime quand on additionne les établissements et les années. Les montants sont des hypothèses ; les seuils, eux, sont ceux en vigueur au 15 mai 2026.

Lisez-le dans les deux sens. Pour l’épicerie, passer en groupement fait sans doute gagner du prix, et la procédure formalisée ne fait pas peur à un fournisseur d’épicerie. Pour une famille où votre force est la proximité, la même addition peut vous faire perdre le producteur que vous aviez trouvé. C’est tout l’intérêt de raisonner famille par famille. Pour aller plus loin sur les montages possibles, voyez notre page les groupements d’achats, et pour repérer les producteurs avant d’écrire, trouver des fournisseurs.
Où OptiMarché intervient, et où il s’arrête
Monter un groupement, choisir la procédure, décider entre un titulaire unique par lot ou plusieurs, prévenir les litiges : c’est le terrain d’une assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO). OptiMarché accompagne les acheteurs publics de la restauration collective sur ces procédures (MAPA, appels d’offres, mono et multi-attribution), avec du conseil juridique, de la stratégie d’achat et une veille réglementaire. Sur la multi-attribution, le guide CNRC donne un repère utile : l’accord-cadre à plusieurs titulaires et marchés subséquents se réserve aux besoins annuels supérieurs à 90 000 € HT. En dessous, la gestion mange le bénéfice.
Côté cuisine, la plateforme Opti@Pro gère les achats jusqu’à la livraison : commande, catalogues des fournisseurs intégrés, espace fournisseurs avec messagerie, suivi. Ma collectivité me l’avait imposée, j’étais méfiant, et c’est par là que passaient mes commandes à la fin. Quand le marché est mutualisé et que le titulaire est loin, garder les échanges par écrit, au même endroit, prend tout son sens.
La limite est nette. Ni l’AMO ni l’outil ne disent ce dont votre cuisine a besoin. Le chiffrage par famille, le choix de ce qui reste en proximité, les contraintes à écrire dans le cahier des charges viennent de vous. Et la décision d’entrer dans un groupement appartient à votre collectivité, pas à son conseil. Le site d’OptiMarché présente son accompagnement : opti-marche.com. Le cadre général des marchés de denrées est sur notre page marché public de denrées.
Le mot du chef
Le lundi, quand j’épluchais les carottes du maraîcher, je savais d’où elles venaient et qui les avait arrachées. Quand une cagette n’allait pas, je le lui disais, et la semaine suivante elle allait. Ce genre de relation ne tient pas dans une grille de notation. Elle tient dans un lot à sa taille. Mutualiser l’épicerie, les surgelés, tout ce qui voyage bien, je signe des deux mains : le volume paie. Mais avant de tout mettre dans le même panier, regardez qui vous perdez en route. Gardez une porte ouverte pour ceux qui ne pèsent rien dans un marché et qui font tout dans l’assiette.
Jean-Paul Terrusse
Article sponsorisé. Collaboration commerciale avec OptiMarché.














