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Un produit végétal prêt à cuire ne remplace pas votre cuisine. Il remplace une heure que vous n’avez pas, un matin où l’équipe est à moitié là. Reste à décider quel jour il sort du congélateur, et ce que vous gardez de maison autour.

Le matin où le téléphone a sonné à six heures
Quand je tenais ma cuisine de collège, le jeudi était le jour du menu végétarien. Ce jeudi-là, le plat prévu, c’était des boulettes de lentilles maison. Une pâte préparée la veille, un façonnage à la main le matin, une cuisson au four par fournées. À six heures, le téléphone. Mon second, malade, ne viendrait pas. On était deux en cuisine au lieu de trois, et le self ouvrait à onze heures et demie comme tous les jours.
J’ai fait ce que je faisais chaque fois qu’un collègue manquait : simplifier le menu sans toucher au plat principal. L’entrée composée est devenue une crudité simple, le légume travaillé est passé à la vapeur. Mais façonner trois plaques de boulettes à la main, il n’y avait plus les bras pour. Dans le congélateur, j’avais un produit végétal surgelé, acheté pour ce genre de matin. Il est sorti du carton, il est passé au four, et le temps gagné est allé dans la sauce et dans l’assaisonnement du légume. Les petits monstres n’ont rien vu. Ils ont mangé, et c’est ce qu’on leur devait.
Ce matin-là, le produit prêt à cuire n’a pas remplacé ma cuisine. Il a remplacé le second.
Cette semaine, en tournage dans une cuisine prêtée, j’ai refait exactement ce geste avec la kefta barbecue de Céréal Bio. Vingt minutes au four. Pendant ces vingt minutes, j’ai monté une sauce au skyr, au nectar de mangue et à la menthe, et j’ai fait chauffer des haricots verts. Trois gestes, une assiette. La fiche recette de la kefta barbecue à la sauce skyr, mangue et menthe donne les quantités.
Pourquoi le prêt à cuire coince dans la tête avant de coincer en cuisine
Le menu végétarien revient chaque semaine. En restauration scolaire, c’est une obligation depuis la loi Climat et Résilience, inscrite à l’article L. 230-5-6 du code rural : au moins un menu végétarien par semaine. Il tombe donc aussi les semaines où un cuisinier manque, où le four tombe en panne, où la livraison n’arrive pas. Et c’est souvent le plat que la brigade sait le moins faire vite : le végétal demande de tremper, de façonner, de lier. Un sauté de bœuf, on le lance. Une boulette de légumineuses, on la fabrique.
Face à ça, deux réflexes se croisent, et ils se trompent tous les deux. Le premier : tout maison, toujours. Il tient jusqu’au jour où le second est absent, et ce jour-là le végétarien saute ou sort raté. Le second réflexe : tout prêt à l’emploi, par sécurité. Galette, puis nuggets, puis galette. Le guide du Conseil national de la restauration collective de 2020 sur le menu végétarien, qui reste un guide de recommandations et pas un texte réglementaire, dit l’inverse : privilégier le fait maison et les aliments bruts, et ne pas dépasser un plat transformé à base de protéines végétales (boulettes, galettes, nuggets végétariens) sur les quatre ou cinq menus végétariens d’une série de vingt repas. Un repère, pas une loi. Mais un repère qui dit clairement que le prêt à cuire n’est pas fait pour tenir la rotation.
Le vrai problème, c’est l’endroit où l’on range le produit dans sa tête. Rangé dans le menu, il devient la solution de tous les jeudis, et le menu s’appauvrit. Rangé dans le stock tampon, à côté des œufs qui font l’omelette du jour où le bœuf n’est pas livré, il devient un plan B. Et un plan B, ça se prépare comme un menu : une fiche, des allergènes, un geste que l’équipe connaît. Le jour où ça lâche, on ne réfléchit plus, on exécute.
La méthode : décider les jours, garder les gestes
Tout se joue avant le matin où le téléphone sonne. Voici comment je le mettais en place, et comment je le conseille aujourd’hui.
- Écrivez les jours où il a sa place. Un cuisinier absent constaté à l’arrivée, une panne de four ou de sauteuse, une livraison manquante, un repas à thème qui mobilise la brigade ailleurs. Ces cas sont connus d’avance, ils se listent sur une feuille. En dehors de ces cas, le végétarien de la semaine est maison. La règle tient parce qu’elle est écrite, pas parce qu’elle est dans votre tête.
- Faites-en un plat de repli, avec sa fiche technique. Nom du plat, nombre de portions, poids net à l’assiette, barème de cuisson, allergènes. Pour une kefta au seitan, le blé est dedans, donc le gluten s’affiche. Et le réflexe qui va avec, non négociable : le jour où le plat de repli remplace le plat prévu, la fiche allergènes du menu initial est remplacée par celle du plat servi. Une parade improvisée non tracée, c’est une traçabilité cassée.
- Rangez-le dans le stock tampon, en rotation. Le carton reste à moins dix-huit degrés, le premier entré sort le premier, et le produit passe dans le cycle de menus de temps en temps pour que le stock tourne. Un tampon qui ne tourne pas, on le repère à l’inventaire : les mêmes cartons comptés deux mois de suite. Ce jour-là, il n’est plus une sécurité, il est un stock mort.
- Comptez-le dans vos fréquences. Une kefta végétale, une galette, un nugget végétarien : c’est un plat transformé au sens du guide CNRC. Si vous l’avez servi en repli cette semaine, le végétarien de la semaine suivante est maison. Sur vingt repas, le repère reste un plat transformé au plus parmi les menus végétariens. Ce n’est pas une obligation, c’est une discipline de menu, et elle vous protège du gratin de pâtes en boucle.
- Gardez la sauce, la garniture et l’assaisonnement pour vous. C’est là que le plat devient le vôtre. Cette semaine, la sauce tenait en cinq ingrédients : du skyr dans un saladier, du nectar de mangue versé dedans, une bonne poignée de menthe fraîche hachée, une pincée de sel, une pincée de poivre. On mélange, c’est fini. Le plus long, c’est la menthe. Les haricots verts surgelés précuits sont partis dans une poêle chaude avec un peu d’huile d’olive, un zeste d’agrumes et un trait d’huile de sésame. Il faut que ça chante, sinon ce n’est pas de la cuisine. Précision utile pour votre plan alimentaire : le skyr est un produit laitier, le menu reste végétarien, il n’est pas végan.
- Fixez la portion sur votre fiche, pas sur le carton. L’arrêté du 30 septembre 2011 fixe des grammages pour une liste de produits livrés prêts à consommer, à dix pour cent près, boulettes de bœuf ou steak haché par exemple. Une kefta végétale n’y figure pas : aucun grammage ne s’impose à vous, et c’est à vous de l’écrire. Pesez une kefta cuite, décidez le poids net par classe d’âge, notez-le en grammes sur la fiche. Le lecteur qui veut le détail des grammages scolaires trouvera le cadre sur notre mémo des grammages GEMRCN.
- Contrôlez-le comme un plat maison. On goûte, on monte le plateau témoin, on regarde le dressage. Une bonne cuillère de haricots verts, les keftas posées dessus, une cuillère de sauce blanche à côté. Le convive trempe, il se régale, ou il laisse. S’il laisse, ce n’est pas le carton qui est en cause. C’est votre sauce ou votre assiette.
Le fond de tout ça tient sur notre page consacrée au menu végétarien en restauration collective : le cadre, les fréquences, et ce qu’un plat végétal doit avoir pour revenir vide.
Ce que la kefta barbecue change, et ce qu’elle ne fait pas
La kefta barbecue de Céréal Bio arrive surgelée, en carton, à moins dix-huit degrés. Sur l’emballage que j’ai eu en main : seitan de blé, pois chiches, poivrons, paprika fumé, cumin, sel de mer. Certifiée bio, fabriquée en France. Elle passe du carton à la plaque, et vingt minutes au four plus tard elle est dorée, ferme, prête à dresser. C’est exactement ce que j’attends d’un plat de repli : aucune mise en place, un seul barème, et rien à façonner.
Ce qu’elle ne fait pas, je préfère le dire nettement. Elle ne fait pas la sauce. Elle ne fait pas la garniture. Elle n’assaisonne pas vos haricots verts et elle ne dresse pas l’assiette. Elle ne décide pas non plus de vos fréquences : c’est vous qui la comptez comme plat transformé et qui remettez du maison la semaine d’après. Je l’ai dit devant la caméra et je le redis ici : bravo à ceux qui font tout maison. Et en restauration collective, on a parfois besoin de produits simples, le matin où il manque quelqu’un. Les deux phrases sont vraies en même temps.
La gamme, les fiches techniques par produit et les conditionnements sont sur le site de Nutrition & Santé Food Service. Ce que j’en ai fait en février avec l’égrené de seitan en lasagnes, puis en mars avec la kefta dressée en assiette froide, est raconté dans les articles précédents de cette série.
Le mot du chef
J’ai eu un second, à une époque, qui hachait la menthe comme personne. Je lui tendais un bouquet, je me retournais, c’était fait. Le couteau sautait tout seul sur la planche. Je n’ai jamais compris comment il faisait, et je n’ai jamais réussi à le refaire. Cette semaine, devant la caméra, j’ai haché la menthe seul. C’est le plus long de la recette, plus long que la sauce entière. J’allais à ma vitesse maximum, et encore, je me concentrais. Les keftas cuisaient tranquillement au four pendant ce temps. Vingt minutes. Il m’en a fallu deux de plus. Il me manquait, ce jour-là.
Jean-Paul Terrusse
Article sponsorisé. Collaboration commerciale avec Nutrition & Santé Food Service.
















