Réception des livraisons : contrôler, refuser, tracer, et être prêt pour l’inspection

Ecrit par Jean-Paul Terrusse
Publié le

Référentiel Restauration Collective » Les acteurs du secteur » Les pros » Réception des livraisons : contrôler, refuser, tracer, et être prêt pour l’inspection
Le livre Référentiel Restauration Collective, par Jean-Paul Terrusse

Le référentiel, en livre — tout le métier dans un outil à utiliser chaque jour.

Collaboration commerciale avec OptiMarché. Articles sponsorisés. Voir l’espace OptiMarché

Sept heures, deux camions à quai, le téléphone qui sonne. C’est le pire moment pour contrôler une livraison, et c’est pourtant là que tout se joue : la chaîne du froid, la durée de vie des produits, la preuve que vous montrerez à l’inspecteur. Une réception, ça se prépare comme un service.

Quai de réception d'une cuisine collective : colis sur un chariot inox, sonde thermométrique piquée dans un carton, fiche de réception, camion frigorifique au fond

Le carton de volaille et la « tolérance »

Un mardi, le livreur de produits frais arrive en même temps que l’épicerie. Mon second est au four, la plonge commence. Je pique la sonde dans un colis de hauts de cuisse de volaille : la température du produit est au-dessus du maximum. Pas de beaucoup. Assez pour que je relève la tête.

Le livreur, pressé, me répond avec l’assurance de celui qui l’a dit cent fois : « Il y a une tolérance, chef. Deux degrés, c’est rien, ça vient de sortir du camion. » J’avoue que j’ai hésité. Le poulet était au menu du lendemain, je n’avais pas de plan B au frigo, et le camion avait encore dix livraisons.

J’ai refusé. Le colis est reparti, j’ai annoté le bon, et j’ai sorti du stock de quoi faire une omelette. Le soir, j’ai relu le texte. Cette tolérance n’existe pas.

Pourquoi ça coince : le quai mélange ce qui est la loi et ce qui est le contrat

À réception, trois régimes se superposent, et on les confond sous la pression.

La température relève du règlement. L’arrêté du 21 décembre 2009, modifié en 2020, fixe dans son annexe I la température maximale des denrées d’origine animale en restauration collective. +2 °C pour les viandes hachées et les produits de la pêche frais. +3 °C pour les abats et les préparations culinaires élaborées à l’avance. +4 °C pour les volailles, les préparations de viandes, les morceaux de découpe, les ovoproduits (hors UHT) et les autres denrées très périssables. +7 °C pour les carcasses et les pièces de gros. +8 °C pour les autres denrées périssables. Côté congelé, −18 °C pour les glaces, les viandes hachées et préparations de viandes congelées et les produits de la pêche congelés, −12 °C pour les autres denrées congelées. Pour le lait pasteurisé, les fromages affinés et les denrées préemballées, c’est le fabricant qui fixe la température : elle se lit sur l’étiquette. Les denrées qui ne sont pas d’origine animale suivent l’arrêté du 8 octobre 2013 : +4 °C pour les très périssables, +8 °C pour les périssables.

Et la fameuse tolérance ? L’annexe I n’en prévoit aucune pour les produits réfrigérés. La seule tolérance du texte concerne les produits congelés et les glaces : +3 °C en surface, pour de brèves périodes, au chargement et au déchargement. Les « +2 toléré +4 » qu’on entend sur les quais ne viennent pas de l’arrêté. Si votre établissement veut une marge, elle s’écrit dans votre plan de maîtrise sanitaire (PMS) ou dans votre marché, sous votre responsabilité. Elle ne s’improvise pas devant le camion.

Pour les surgelés, la règle est dans la définition même du produit : −18 °C en tous points, maintenus sans interruption, avec la mention « ne pas recongeler après décongélation » obligatoire sur l’emballage (décret n° 64-949 et directive 89/108/CEE). Un produit marqué « congelé » n’est pas un surgelé, et ne s’achète pas comme tel.

L’étiquetage relève du règlement européen INCO (n° 1169/2011). Son article 8 organise l’information des collectivités : les mentions obligatoires figurent sur l’emballage ou sur les documents commerciaux qui accompagnent la livraison. Et sur le carton extérieur, quatre mentions au minimum, lisibles sans ouvrir : la dénomination, la date limite (DLC) ou la date de durabilité minimale (DDM), les conditions de conservation, le nom et l’adresse de l’exploitant. Un carton anonyme est un manquement à ce règlement, et un motif objectif de réclamation.

La durée de vie restante relève du contrat, et de lui seul. Aucun texte n’impose une DLC résiduelle minimale à la livraison. Un fournisseur qui livre de la viande à quatre jours de sa date, pour un menu prévu dans cinq, ne viole aucune loi. Si l’exigence n’est pas au marché, le refus n’a pas de base.

La méthode : une réception en sept gestes

L’objectif est simple : que la même réception soit faite de la même façon, que ce soit vous, votre second ou l’agent du matin qui tienne le quai.

  1. Préparez le quai avant le camion. Des créneaux de livraison qui ne tombent pas sur la mise en place du service, une sonde propre et vérifiée, les bons de commande du jour à portée de main, la fiche de réception prête. La méthode de mesure (à cœur, entre deux emballages) est écrite dans votre PMS : tout le monde fait pareil.
  2. Commencez par le froid. Surgelés et produits frais d’abord, épicerie ensuite. Relevez la température du produit et comparez-la au maximum de sa catégorie. Au-dessus : refus, sans discussion sur une tolérance qui n’existe pas.
  3. Lisez le carton. Emballage intact, les quatre mentions présentes, « surgelé » et non « congelé » quand c’est un surgelé que vous avez commandé. Puis la date : comparez-la à ce que prévoit votre marché. Pour les viandes hachées, la spécification technique du GEM-RCN (version de mars 2015) indique que l’acheteur peut demander 50 % de durée de vie résiduelle à la livraison pour les produits frais et un tiers pour les surgelés. Ma règle de métier sur les gros volumes : jamais moins de cinq jours de DLC restante. Ces deux exigences ne valent que si elles sont écrites au marché.
  4. Contrôlez contre la commande. Pesez ce qui se pèse. Vérifiez que le produit livré est celui de la ligne commandée : dénomination, origine, label, conditionnement. Relevez l’origine des viandes : le décret n° 2002-1465 modifié impose d’afficher l’origine des viandes bovines, porcines, ovines et de volailles servies en restauration, et on n’affiche que ce qu’on a relevé à l’entrée.
Arbre de décision en quatre questions à la réception (température, carton lisible, durée de vie restante conforme au marché, conformité à la commande), chaque non menant au refus, et tableau des températures maximales de l'arrêté du 21 décembre 2009 : +2, +3, +4, +7, +8, −12 et −18 °C selon les denrées
Quatre questions avant d'accepter une livraison, et les températures maximales du produit en restauration collective (arrêté du 21 décembre 2009 modifié, annexe I). Aucune tolérance n'existe pour les produits réfrigérés.
  1. Refusez proprement. Le produit non conforme repart avec le camion, pas dans votre chambre froide « en attendant ». Annotez le bon de livraison (motif, température relevée, heure), faites signer le livreur si possible, photographiez l’étiquette et l’afficheur de la sonde. Écrivez au fournisseur le jour même. Un refus non tracé n’a jamais existé : c’est la trace écrite qui permettra d’appliquer une pénalité prévue au marché.
  2. Rangez aussitôt. Chaque minute sur le quai compte contre la chaîne du froid. Surgelés en négatif, frais en positif, selon les conditions de conservation portées sur le carton, en rotation par date (le premier qui périme sort le premier). Pour l’organisation des enceintes, voir notre page sur la gestion des stocks.
  3. Enregistrez et classez. Une ligne par livraison sur la fiche de réception : date, heure, fournisseur, produit, température relevée, date limite, numéro de lot, conformité, action, visa. Les bons annotés et les étiquettes des produits sensibles se classent avec. Combien de temps ? Le règlement (CE) n° 852/2004 parle d’une « période appropriée », sans chiffre : la durée se fixe dans votre PMS, et elle s’y tient. Le jour de l’inspection, vous ouvrez un classeur, vous ne racontez pas une habitude.

Deux remarques de terrain. La réception ne s’improvise pas avec un intérimaire lâché seul sur le quai : formez chaque personne qui peut signer un bon, et montrez-lui le refus au moins une fois. Et écrivez vos exigences au marché avant d’en avoir besoin : durée de vie résiduelle, conditions de refus, pénalités. Ce que le règlement ne vous donne pas, seul le contrat vous le donne. Pour relier tout ça à votre plan de maîtrise sanitaire et à vos relevés de température, nos deux pages de méthode sont là.

Ce que l’outil et l’accompagnement changent

Une réception solide repose sur deux choses que la cuisine ne produit pas seule : un marché qui arme le refus, et une trace qui ne se perd pas.

Pour le marché, OptiMarché accompagne les acheteurs publics comme assistant à maîtrise d’ouvrage, prévention des litiges comprise. C’est là que s’écrivent la durée de vie résiduelle exigée, les conditions de refus à réception et les pénalités, avant la première livraison.

Pour la trace, la plateforme Opti@Pro suit la commande jusqu’à la livraison et donne accès à un espace fournisseurs avec messagerie. Quand j’étais en poste, un refus écrit à cet endroit restait rattaché à la commande concernée, daté, visible du service achats. Plus de refus perdu dans un carnet ou dans un appel téléphonique dont personne ne se souvient au moment de la facture.

La limite est évidente, et je préfère la dire : aucun logiciel ne pique une sonde dans un colis de volaille. Le contrôle reste un geste humain, au quai, à sept heures du matin. L’outil garde la trace de ce geste, il ne le fait pas. Pour en savoir plus sur leur accompagnement : opti-marche.com.

Le mot du chef

Le livreur du colis refusé, je l’ai revu la semaine suivante. Il est descendu du camion, m’a tendu le colis de volaille et a sorti lui-même sa sonde avant que je prenne la mienne. On n’en a jamais reparlé. Mais à partir de ce jour-là, ma cuisine n’a plus reçu de fin de tournée tiédasse. Le fournisseur qui sait que vous contrôlez vous envoie ses meilleurs produits. Celui qui pense que vous ne regardez pas vous envoie ses fonds de stock. La responsabilité commence au bon de livraison.

Jean-Paul Terrusse

Article sponsorisé. Collaboration commerciale avec OptiMarché.

Le livre Référentiel Restauration Collective, par Jean-Paul Terrusse

Cet article répond à une question. Le livre répond à tout le métier : la règle, la technique, la gestion.

Chef Jean-Paul Terrusse
A propos de Référentiel Restauration Collective

Chef Jean-Paul Terrusse

Fondateur du site Référentiel Restauration Collective

Créateur de contenu sur les réseaux sociaux

Ensemble, changeons le regard sur la restauration collective.

Restez informé de l'actualité de la restauration collective !

En t'abonnant, tu vas recevoir :

De nouvelles recettes

Notre sélection de fournisseurs

Les dernières infos

Un PDF à télécharger gratuitement

→ Inscrivez-vous gratuitement pour ne rien manquer !

Notre newsletter mensuelle vous apporte :

  • Les dernières évolutions réglementaires décryptées
  • Des conseils pratiques et des astuces pour votre établissement
  • L'actualité du secteur analysée pour vous
  • Des retours d'expériences inspirants

Une marque, un projet ?

Vous portez un produit qui a sa place en restauration collective et vous cherchez un chef de terrain pour l'incarner. Découvrez le profil et les collaborations de Jean-Paul Terrusse.